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Kichigai Tenshi [userpic]

Mes anciens écrits... Une autre fic Harry Potter ^^

le 03 mars 2008 (18:10)
ditzy

Ce que je ressens: ditzy
Ce que j'ai dans les oreilles: "How can you mend a broken heart" - Al Green


Vous vous demandez sûrement pourquoi je poste mes fics publiées sur FFnet ici ? Eh bien... Tout le monde ne lit pas sur FFnet ;-) Et puis, je n'ai pas grand chose à dire en ce moment, lol.

Celle-ci a été publiée en 2 parties - et ici aussi, sinon c'est trop lourd - toujours sur notre compte des Children.
Enjoy ! ^^

Titre : Là où tu n’existes pas, je n’existe plus

Auteur : Kris des Children

Genre : Slash HP-DM

Résumé : quelques années après la mort de Voldemort et la fin que la guerre, Harry Potter est devenu auror. Sa spécialité au sein du Ministère : élucider les affaires difficile. Une mission bien particulière va lui être confié cette fois-ci. Il va être confronté à un Mangemort très spécial, un ancien ennemi de longue date. Et cette rencontre va bouleverser sa vie trop tranquille…

Rating : M

Spoilers : l’histoire prend en compte tous les éléments des livres, avec quelques allusions au 6e livre, « Le prince de sang-mêlé ».

Disclaimers : Persos de JK Rowlings

Playlist conseillée pour ce passage / écoutée au moment de l'écriture : j’avais « a thousand chances » d’Eskobar dans les oreilles quand j’ai écrit. C’est assez mélancolique, donc n’importe quelle musique douce qui vous plait convient .

Note 1 : j’utilise les termes anglais : Slytherin (Serpentard), Gryffindor (Gryffondor), St Mungo (Sainte Mangouste), Moaning Myrtle (Mimi Geignarde), Hogwarts (Poudlard), Hogsmeade (Pré-au-lard) etc…

Note 2 : attention, cette histoire implique une relation amoureuse entre deux garçons. Lemon très léger (j’en ai lu des pires, mais bon, à vous de juger). En plus, certains aspects ont été changés par rapport aux personnages de JK… comme leur sexualité… Non, Harry n’a jamais quitté Cho Chang pour Seamus, c’est juste une idée tordue à moi…



Là où tu n’existes pas, je n’existe plus

- chapitre 1 -


Harry relut une dernière fois son ordre de mission et soupira. On le considérait comme le meilleur enquêteur chez les aurors – ce qui était probablement vrai, quoi qu’en dise sa modestie. De ce fait, toutes les missions délicates lui étaient confiées. Comme celle-ci. Après une semaine de repos, Harry se serait contenté de n’importe quelle mission. Comme d’habitude, ses congés avaient été désespérément ennuyeux. Mais il se gardait bien d’en parler à ses amis qui se seraient encore inquiétés de sa solitude. Cette mission là, bien qu’elle paraisse plus intéressante que les autres, finirait probablement comme tout ce qu’il faisait depuis la fin de la guerre : sans saveur, sans intérêt…

Il venait d’entrer dans le hall de St Mungo et cherchait d’un œil distrait l’accueil au milieu des va-et-vient du personnel et des patients - il détestait les hôpitaux et celui-ci en particulier – quand une voix familière l’arracha à ses pensées.

« Harry !

- Ah, Hermione, s’écria-t-il, ravi de voir un visage connu. Tu vas peut-être pouvoir m’aider. »

La jeune sorcière avait mis ses talents au service de l’hôpital depuis deux ans déjà. Et malgré sa grossesse avancée – elle attendait une petite Weasley junior depuis six mois – elle assurait avec enthousiasme son poste de chef de service.

« Tu es venu me voir ? » , demanda-t-elle en souriant, certaine que s’il voulait la voir c’était le dernier endroit qu’il choisirait.

Harry répondit d’un petit rire, puis plus sérieusement, brandit le papier du Ministère.

« Non, désolé Herm. Je suis en mission.

- En mission ? » , répliqua-t-elle en fronçant les sourcils.

Elle lui prit le papier des mains et le lut rapidement. Sans tenir compte de l’air sombre de son amie, Harry continua.

« Oui, je dois enquêter sur un ancien Mangemort qui a été transféré ici il y a quelques jours au service psychiatrique. Je dois déterminer si oui ou non c’est de la simulation et…. Quoi ? »

Hermione le regardait intensément, son regard brun rempli d’inquiétude.

« On ne t'a rien dit ? » , demanda-t-elle d’une voix douce.

Harry hésitait entre l’inquiétude et l’énervement. Hermione n’avait pas perdu cette vieille habitude ! Elle cultivait les effets dramatiques, au grand dam des nerfs de Harry. Les traits de la jolie brune s’adoucirent.

« Viens avec moi », dit-elle simplement en lui prenant la main.

Harry la suivit mais dégagea sa main doucement. Ca ne faisait pas très professionnel, sinon, expliqua-t-il. Cela fit sourire la sorcière qui le guida dans le labyrinthe qu’était l’hôpital. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à l’entrée du service psychiatrique. Depuis la fin de la guerre, cette aile ne désemplissait pas. Nombreuses étaient les victimes de maléfices ou de traumatismes en tous genres.

Harry et Hermione entrèrent dans le pavillon où régnait un calme étrange, parfois déchiré par un gémissement ou un cri. Le jeune auror ne put réprimer un frisson.

« Bon, dit-il pour briser le malaise qui grandissait en lui. Et ce Mangemort, il est où et dans quel état ?

- Il doit être au jardin à cette heure-ci.

- Au jardin ? »

Hermione lui expliqua qu’une immense cour intérieure avait été aménagée en un magnifique jardin verdoyant parsemé de fleurs parfumées. Un petit lac ornait son centre, bordé d’un saule pleureur se balançant doucement au gré du vent. Cet endroit agissait comme un calmant naturel sur bien des malades. Elle dirigea son ami à l’entrée du jardin et lui indiqua une silhouette assise sur un banc au pied du grand saule.

« Regarde, il est là, indiqua-t-elle.

- Mais, s’étonna Harry, il n’est pas gardé ?

- Pas besoin.

- Mais c’est un Mangemort, non ?

- Harry ! C’est avant tout un patient !

- C’est ce que je dois vérifier. »

Il laissa en arrière une Hermione fulminante – elle détestait qu’on maltraite les malades, quoi qu’ils aient fait dans le passé – et s’engagea d’un pas décidé vers le banc. En s’approchant de l’homme assis sur le banc, Harry sentit son cœur se serrer. L’homme devait être jeune, vu sa silhouette fine. Ses cheveux étaient blond pâle. Merlin tout puissant, jura Harry intérieurement. Il contourna le banc et planta son regard dans les grands yeux bleu glace qui se levèrent sur lui.

« Malfoy ! », cracha Harry.


Harry brûlait de colère. Pourquoi ne lui avait-on pas dit que son ‘client’ était son plus ancien ennemi ? Pourquoi Hermione n’avait rien dit ?

Draco le fixait étrangement, ses yeux d’habitude si froids débordant de douceur et d’innocence. Visiblement, il était insensible à la vague de haine émanant du regard émeraude. Ce qu’il fit ensuite figea Harry de stupéfaction.

Le blond esquissa un beau sourire, à la fois doux et timide. Sa voix, comme toute son apparence, parut frêle et fragile à l’auror.

« Bonjour », dit-il simplement.

Ce simple mot possédait mille facettes, tel un diamant pur. Tout dans le jeune sorcier était à l’opposé du Draco Malfoy dont se souvenait Harry. Il répondit à l’invitation silencieuse de son ancien ennemi et s’assit sur le banc à ses côtés. Des milliers de questions se bousculaient sous son crâne, menaçant de déclancher une migraine. Mais il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que Draco brisa à nouveau la glace.

« Vous m’avez appelé Malfoy… C’est mon nom ? On se connaît ? »

Harry frissonna. Il scruta la personne en face de lui. Il voulait être sûr que cet être fragile était bien le Draco qui lui avait pourri six ans d’école, le même qui était un redoutable Mangemort. Un visage fin. Des lèvres magnifiquement dessinées. Des yeux d’un bleu à faire pâlir le plus beau des saphirs. Des oreilles délicates aux lobes délicieusement arrondis. Des cheveux d’un blond pâle à la texture si soyeuse qu’on voudrait s’y plonger tout entier. Un teint si diaphane qu’on aurait dit un sélénite gratifiant le monde de sa présence. Des mains longues et fines.

Oui, malgré la pâleur excessive de son visage et la douceur inhabituelle éclairant son regard azur, ce jeune homme était bel et bien Draco Malfoy. Harry interrompit son examen. Le blond paraissait suspendu à ses lèvres, comme s’ils jouaient à « chacun pose une question et celui qui ne répond pas a perdu ».

« Oui, on se connaît, répondit enfin Harry au grand soulagement de Draco.

- C’est vrai ? Tu t’appelles comment ? »

Harry plissa les yeux un instant. Intéressant…, pensa-t-il.

« Tu ne te souviens pas de moi ? », demanda Harry.

Un voile de tristesse s’abattit sur les lacs bleus. La moue peinée sembla froisser son beau visage.

« Non, admit Draco à contrecœur. Alors, maman ne viendra pas aujourd’hui non plus ? »

Le choc laissa Harry bouche bée. Il fixa Draco, cherchant la faille dans le regard enfantin. S’il jouait la comédie, c’était vraiment un bon acteur…

« … Le docteur a dit que si je ne faisais pas d’efforts, maman ne pourrait pas venir… », continua le blond la voix tremblante.

Il détourna les yeux et se recroquevilla légèrement. On aurait dit une fleur qui se fanait doucement. Harry continuait à l’observer, notant mentalement toute anomalie dans le comportement du jeune homme qui trahirait une duperie. Mais quand Draco releva vers lui ses grands yeux bleus emplis de larmes, son cœur parut battre au ralenti, broyé par la peine qui émanait du frêle garçon.

« Il ne comprend pas…, gémit Draco.

- Qui ne comprend pas quoi ? demanda Harry d’une voix douce – si Malfoy simulait, il devait jouer le jeu ; et dans le cas contraire, il ne pouvait pas rester là à ne rien faire !

- Le docteur ! Il dit que je mens et que tout va bien dans ma tête ! Mais c’est faux !

- Qu’est-ce qui ne va pas, alors ?

- Je ne me souviens pas… »

Il baissa à nouveau les yeux et sembla se plonger dans la contemplation de ses pieds.

« Si je dis au docteur que tu te souviens de moi, tu crois qu’il laissera ta mère venir ? », tenta Harry.

Draco releva la tête. Le sourire qui illuminait son visage éclairait tout son être.

« Oh ouiiii ! Bonne idée ! Tu ferais ça pour moi ?

- Bien sûr, le rassura Harry en souriant.

- Alors, je vais voir maman bientôt ?

- Oui », mentit Harry, le cœur serré.

Quoi qu’il fasse ou dise, Narcissa Malfoy ne viendrait pas. Elle était morte depuis des années. Et Draco, son fils bien-aimé, le savait. Ou aurait dû le savoir… Draco se jeta dans les bras de Harry, le serrant contre lui avec ardeur. Il répétait sans cesse « Merci ! Merci ! », débordant de joie. Décontenancé par tant de spontanéité, Harry le repoussa gentiment et se leva.

« Je… Je vais parler au docteur, d’accord ? Je reviens de suite. »

Draco le gratifia d’un sourire pur et lumineux et d’un regard plein d’espoir. Harry tourna les talons et se précipita hors du jardin.

Hermione l’attendait là où elle l’avait quitté quelques minutes plus tôt. Le trouble qu’elle lut sur le visage de son ami l’inquiéta.

« Hermione, qu’est-ce qu’il a ? »


Seul à Grimmaud Place, Harry referma son dossier. Il avait terminé son rapport quotidien. Sa main chercha à tâtons sa tasse de thé tandis que son regard vert se perdait dans la chaleur rougeoyante de la cheminée. Il avala une gorgée du liquide trop tiède à son goût et repensa à ce que lui avait dit Hermione.

Malfoy avait débarqué de nulle part cinq jours avant. C’était un des Mangemorts les plus recherchés et il avait simplement franchi le seuil du Ministère de la Magie, l’air hagard, en déclarant qu’il devait voir Harry Potter au plus vite. Il avait été arrêté sur le champ et transféré à Azkaban. Harry n’avait pas été prévenu car il était de repos et on se doutait que le déranger pour lui apprendre que son plus vieil ennemi avait refait surface n’était pas une bonne idée.

Mais les aurors chargés de l’interroger à Azkaban avaient vite déchanté. Malfoy ne prononçait que cinq mots, inlassablement. Comme si cette litanie perpétuelle était son seul lien avec le monde. « Je dois voir Harry Potter ». Au fil des heures, sa voix s’était tue et il avait cessé de réagir à tout stimulus extérieur. Après 24 heures d’un interrogatoire qui n’en était pas vraiment un, faute de participation de l’interrogé, les aurors avaient baissé les bras. Malfoy avait été transféré à St Mungo.

Entre de longues périodes d’absence, il s’activait soudain, rempli d’une ardeur et d’une fraîcheur enfantines. Quand on lui avait demandé « Pourquoi voulez-vous voir Harry Potter ? », il avait froncé les sourcils et demandé qui était cette personne. A chaque fois, c’était la même réponse.

Les médecins n’avaient décelé aucun traumatisme, qu’il soit magique ou physique. Pourtant, la mémoire de Draco Malfoy était devenue une page blanche. Pire : elle était devenu un palimpseste. En effet, Hermione avait parlé avec lui des heures, et parfois, en un battement de cils, il avait à nouveau tout oublié.

A la grande colère d’Hermione qui cherchait avant tout à le soigner, le Ministère avait décrété que le Mangemort simulait pour éviter son jugement qui découlerait immanquablement sur une exécution.

Harry prit une autre gorgée de thé. Quelque chose clochait… A quoi bon simuler la folie pour échapper à la mort quand on vient de se livrer ?

Puis ses pensées revinrent à Draco. Son attitude l’avait troublé. Harry ne l’avait jamais vu comme ça. Si… fragile ! Il décida qu’il éclaircirait ce mystère. Dès le lendemain, il retournerait voir Malfoy.



Cela faisait une semaine que Harry venait tous les jours. Et tous les jours, c’était la même comédie : grand sourire, regard radieux et l’éternelle question « on se connaît ? ».

La veille, excédé, Harry avait répondu que bien sûr, ils se connaissaient. Ils avaient été à l’école ensemble pendant six ans. Draco l’avait alors fixé, intrigué, puis avait déclaré que c’était absurde. Qu’il était trop petit pour aller à l’école. Puis il avait de nouveau demandé après sa mère et Harry était parti. Furieux.

Ca n’avançait pas. D’habitude, sa vie était morne et ennuyeuse. Elle s’écoulait comme un fleuve beaucoup trop tranquille. Mais là, pour une fois que quelque chose arrivait, que son ancien ennemi venait à nouveau donner du piment à son existence… Lui aussi stagnait ! Depuis une semaine, Harry avait l’affreuse sensation de revivre inlassablement la même journée…

Pourtant, ce matin, quelque chose clochait. Il l’avait senti dès son arrivée dans le jardin. La silhouette fine de Malfoy lui sembla encore plus fragile qu’à l’accoutumée. Harry s’assit sur le banc à côté du blond, attendant les habituelles questions et débordements affectifs dont il était gratifié à chaque visite. Mais le regard bleu ne se tourna pas vers lui. Harry fut étonné de ressentir une pointe de déception au creux de l’estomac. Depuis quand un regard de Malfoy lui importait ? Il posa doucement sa main sur celle de Draco et frémit de la sentir si froide.

« Draco, demanda-t-il d’une voix douce. Est-ce que tout va bien ? »

Le blond tourna la tête vers lui et Harry sentit son cœur voler en éclats. Deux traînées humides s’écoulaient lentement des lacs troublés. Avant même qu’il réalise ce qu’il faisait, Harry enlaça son ancien ennemi et le serra contre lui, essayant par tous les moyens ce stopper cette tristesse. La tête de Draco posée sur son épaule, il sentit les mains fines s’agripper à son pull. Ainsi blotti contre Harry, Draco se mit à sangloter lourdement.

La seule fois où Harry l’avait vu pleurer avant remontait à leur sixième année à Hogwarts. Quand il avait surpris Draco dans les toilettes des filles avec Moaning Myrtle. Déjà cette fois là, l’étonnement passé, il avait ressenti le besoin de le consoler. Mais Draco n’avait pas apprécié cette intrusion dans sa vie privée et tout s’était fini dans un bain de sang après un Sectum Sempra qui avait failli être fatal au Slytherin.

Là, sur ce banc à St Mungo, rien ne semblait empêcher Harry de se laisser aller. Il resserra son étreinte sur son frêle camarade secoué de sanglots et lui caressa doucement les cheveux. Il ne sut combien de temps ils restèrent accrochés l’un à l’autre, mais quand Draco se dégagea doucement, calmé, cela lui parut trop court.

Ce jour-là, ils n’échangèrent aucuns mots. Mais les yeux bleus délavés amplis de tristesse hantèrent Harry pendant des jours…


Harry suçotait le bout de son stylo bille. Il avait abandonné la plume depuis l’école au profit de cette merveilleuse invention moldue. Fini les problèmes d’encre qui bave et il préférait mâchouiller du plastique que de la plume. Chose qu’il faisait systématiquement quand il ne savait pas quoi écrire. Et là, c’était plus grave que le syndrome de la page blanche. Le cas Malfoy le désespérait. Lui qui était réputé pour se sortir des pires enquêtes butait sur celle-ci. Après un mois, la seule chose dont il était persuadé, c’était que Draco ne simulait pas. Mais ce n’était qu’une intime conviction et c’était largement insuffisant pour lever l’inculpation qui pesait sur le Mangemort. Harry n’avait aucune preuve. Il ne savait toujours pas pourquoi Draco perdait la mémoire. Ni comment. Il froissa son parchemin et recommença. Il répéta ce qu’il avait mis dans ses précédents rapports. « Absence totale de mémoire antérieure à son arrivée au Ministère. Pertes de mémoires immédiates fréquentes mais irrégulières… »

Harry suspendit son écriture. A bien y réfléchir, la fréquence des ‘remises à zéro’, comme il disait, était devenue moins importante ces derniers temps.

Durant trois jours d’affilés, Draco avait conservé sa mémoire. Ils avaient discuté pendant des heures, Harry racontant leurs années d’école. Draco avait beaucoup ri de ces rapports chaotiques et tendus. Et Harry, à chacun de ces éclats de rire, sentait son cœur se remplir de joie. Ces trois jours avaient été fabuleux mais le lien s’était quand même rompu et le quatrième matin, Draco était à nouveau mutique et sans souvenirs. En le trouvant comme ça, Harry était reparti presque aussitôt. Totalement bouleversé, en colère contre l’univers entier, il était rentré chez lui et avait ravagé la moitié de son appartement en hurlant et en pleurant. Calmé, il était retourné à St Mungo pour serrer Draco dans ses bras et il lui avait promis de tout faire pour l’aider.

Il avait cherché dans des dizaines de livres et grimoires quel sort pouvait provoquer ça. Le plus probable était le sort d’Oubliette, mais dans ce cas, pourquoi se répétait-il sans fin ? Et qui – ou quoi – était à son origine ? Harry avait étudié et observé tous les objets en contact avec Draco, les gens qui avaient accès à lui… Il n’avait rien trouvé !

Et plus que tout, il ne comprenait pas pourquoi plus il se rapprochait de lui, plus Draco avait des facilités à conserver sa mémoire. Harry voulait vraiment comprendre.

Il reprit son stylo et rédigea – pour la deuxième fois depuis qu’on lui avait confié cette enquête – une demande de rallonge de temps. Il prétexta que les conclusions actuelles ne le satisfaisaient pas et que, compte tenu de l’importance de son rapport final pour l’avenir de Mr Malfoy, il ne voulait laisser aucune zone d’ombres.

Bien sûr, il y avait de cela. Mais ce qui motivait le plus sa demande, il ne risquait pas de l’écrire. Il osait à peine le penser de façon claire. Rendre son rapport voulait dire la fin de son enquête. Et cela signifiait ne plus voir Draco. Et ça, Harry ne pouvait s’y résoudre. Il avait besoin de voir ces yeux bleus se poser de façon bienveillante sur lui, et il pressentait que c’était bon pour Draco aussi. Il termina son rapport et le rangea dans son dossier. Sa supérieure râlerait sûrement de la lenteur de l’enquête, mais il était certain d’avoir un délai supplémentaire. Et c’était tout ce qui comptait aujourd’hui pour Harry.

Ce matin-là, le soleil printanier adoucissait l’air et Harry se sentait plein d’entrain. Cela faisait quatre jours que Draco conservait sa mémoire et des bribes du passé semblaient remonter par moments. C’est donc rempli d’espoir qu’il s’assit à côté de Draco.

« Bonjour, Draco », lâcha-t-il en souriant.

Le blond le regarda longuement et Harry comprit.

« Bonjour, répondit enfin Draco, hésitant. On se connaît ? »

Merlin, que Harry haïssait ces trois mots ! Son cœur se serra et inconsciemment, leva la main vers Draco pour remettre une mèche de cheveux blonds derrière son oreille. Ce geste rempli de tendresse et le regard blessé de Harry n’échappèrent pas à Draco.

« On est… amis ? demanda-t-il.

- Oui, répondit Harry – et sans réfléchir aux conséquences, il ajouta – Très proches. »

Les yeux bleus semblèrent l’analyser un instant, intervalle pendant lequel Harry prit la main de Draco dans les siennes, plongé dans ses pensées. Il allait devoir tout lui raconter à nouveau, comme à chaque fois : leur rencontre, l’école, la guerre, ses problèmes de mémoire… Harry soupira, le cœur submergé de lassitude et de tristesse. La voix douce de Draco, maintenant dénuée d’hésitation, interrompit ses pensées.

« On est quoi l’un pour l’autre ? On est… amants ? »

Harry frissonna. Il plongea ses yeux verts dans le regard gris. Pourquoi cette question ? Qu’est-ce qui pouvait lui faire croire que… ? Il réalisa que son pouce caressait la peau douce de la main de Draco. Il se mordit les lèvres, troublé à un point qu’il n’aurait pas cru possible. Dis-lui la vérité, pensa-t-il. Il suffit de rire et de dire ‘Non, bien sûr, quelle question idiote !’. C’est aussi simple que ça. Dis : NON !

« Oui, répondit-il enfin, plus étonné que Draco de sa réponse.

- Depuis longtemps ?

- Un… Un certain temps, oui », mentit Harry en baissant les yeux.

Il s’en voulait de ce mensonge. Pourquoi avait-il dit ça ? C’était égoïste. De son côté, Draco interpréta la tristesse dans le regard vert tout autrement. Quand il regardait ce jeune homme aux si beaux yeux, il sentait qu’ils étaient proches. Et cette douleur qu’il lisait sur le visage de son compagnon, il savait qu’il en était la source. Il se rapprocha donc doucement du jeune homme brun et posa gentiment sa main sur son épaule. Comme il ne réagissait toujours pas, Draco se décida à dégager sa main de celles de son compagnon pour lui soulever gentiment le menton et déposa ses lèvres sur les siennes.

Harry frémit de surprise. Il s’attendait à tout sauf à un baiser. Et il s’attendait encore moins à autant apprécier cette simple caresse légère. Il regarda Draco et la douceur qu’il découvrit dans ses yeux le fit basculer dans un autre monde. Un monde fabuleux où il pouvait glisser ses doigts dans les cheveux blonds soyeux et approfondir ce baiser tant désiré. Un monde merveilleux où il pouvait glisser sa langue entre ces lèvres douces comme la soie et goûter Draco, s’en délecter et s’y perdre.

Harry ne reprit ses esprits que quand leurs lèvres se séparèrent. Haletant, il se blottit contre Draco et lui murmura des mots doux à l’oreille, les faisant tous les deux frissonner de plaisir, comme s’ils savaient l’un comme l’autre qu’ils vivaient une parenthèse interdite. Ils passèrent l’après-midi comme ça, Harry caressant tendrement les cheveux et le visage de Draco, s’explorant l’un l’autre avec leurs lèvres gourmandes, Harry berçant Draco de mots tendres et lui racontant leur relation que lui seul savait imaginaire.

Ils se quittèrent le cœur lourd ce soir-là et quand Harry revint le lendemain, Draco avait tout oublié. A son grand soulagement ou à son grand malheur, Harry ne savait pas trop. Mais il se jura de ne plus mentir à Draco et s’assit à ses côtés pour reprendre patiemment le récit de sa vie, sa main glissée entre les doigts du blond.




Six semaines, pensa Harry. Ca fait déjà six semaines… Ou seulement six semaines ? Comment j’ai pu changer en si peu de temps ? Sa vie avait effectivement radicalement changée depuis la réapparition étrange de Draco Malfoy dans sa vie. Harry allait le voir tous les jours, profitant de sa dérogation du Ministère pour outrepasser les heures de visite. Ainsi, il pouvait profiter plus longtemps de Draco. Il sourit tandis qu’il s’engageait dans le jardin intérieur de St Mungo. Profiter plus longtemps de Draco… Etrange comme la vie peut vous réserver des surprises, parfois. Quel coup du hasard avait fait que Harry Potter, héros du monde sorcier et un des aurors les plus compétants de sa génération tombe amoureux de Draco Malfoy, Mangemort, fils de Mangemort et probablement petit-fils de Mangemort ? En réalité, Harry s’en moquait éperdument. Seules comptaient les heures passées avec Draco. Il avait accepté cette étrange évidence seulement depuis quelques jours. Mais depuis cette prise de conscience, il se sentait tellement plus… vivant ! Il s’enivra un instant du doux parfum des narcisses parsemant l’allée menant au lac tout en pensant au doux regard de Draco.

Comment avait-il pu le fréquenter pendant six ans à Hogwarts sans réaliser à quel point ce regard azur était fascinant ! Aussi pétillant qu’un torrent de montagne quand Draco riait. Tel un lac placide quand il rêvait. Comme un océan houleux quand il était en colère. Gris comme un ciel pluvieux d’automne quand il était triste. Froid comme la glace quand la haine coulait en lui. Brûlant comme mille soleils quand il était amoureux. Et ces derniers temps, c’est ce regard-là qui dominait chez Draco.

Les deux dernières semaines, sa mémoire n’avait disparue que trois fois, laissant du temps aux deux jeunes hommes pour se découvrir. Harry était moins triste maintenant quand Draco avait une ‘remise à zéro’. Car, aussi étrange que cela puisse paraître, la passion de Draco renaissait, toujours plus vite. Comme si ses sentiments restaient profondément ancrés en son cœur et ressortaient à chaque fois que le regard émeraude se posait sur lui.

Harry arriva à leur banc mais eut la surprise de le trouver vide. Son cœur se serra. Jamais Draco n’aurait raté un de leurs rendez-vous… Du moins, pas volontairement. Harry repartit comme une flèche dans le bâtiment à la recherche d’un quelconque soigneur qui pourrait le renseigner.

« Où est Mr Malfoy ? demanda-t-il prestement à une infirmière qui poussait un chariot de linge.

- Ne vous inquiétez pas, répondit-elle avec un sourire. Il ne s’est pas échappé. »

Cette idiote avait pris son air affolé pour une réaction professionnelle. Mmmh, c’est peut-être mieux comme ça…, se dit Harry. Il afficha son air le plus professionnel.

« Alors, où est-il ? demanda-t-il plus calmement.

- Je pensais que le Ministère vous aurait informé. Mlle Chang a fait déléguer deux médicomages spécialisés pour examiner Mr Malfoy. »

Cho… Cette garce ne l’avait pas prévenu. Elle n’avait toujours pas digéré qu’il la quitte en cinquième année pour sortir avec Seamus Finnigan. Est-ce que c’était sa faute à lui s’il préférait les garçons ? Toujours est-il que la jolie asiatique l’avait pris comme un affront personnel. Et depuis qu’elle était sa supérieure hiérarchique directe, elle lui faisait bien sentir sa rancœur mal digérée en lui faisant des coups bas dans ce genre.

L’infirmière lui précisa que l’examen devait être fini et que le patient devait être dans sa chambre. Il s’y rendit, l’air le plus détaché possible mais son cœur battait à tout rompre. Pourquoi cet examen ? Et si ces médicomages décrétaient que Draco n’avait rien, ils en déduiraient immanquablement la simulation… ce qui aboutirait à l’exécution !

Quand il rentra dans la chambre de Draco, le jeune homme était debout devant la fenêtre, ses bras enserrant sa silhouette frêle. Merlin, qu’il a l’air fragile, pensa Harry le cœur serré. On dirait que le moindre coup de vent pourrait le faire disparaître. Harry referma doucement la porte derrière lui et s’approcha du blond. Il se glissa contre lui et passa les bras autours de sa taille, l’enlaçant tendrement. Il sentit Draco frissonner contre lui.

« Bonjour, mon cœur, murmura Harry à son oreille avant de déposer un baiser au creux de son cou. Est-ce que tout va bien ? »

Draco se retourna, le regard ravagé par la tristesse. Il se blottit contre Harry. Sa voix traduisait son désespoir.

« Harry, je ne veux pas te perdre !

- Tu ne me perdras jamais, le rassura Harry en lui caressant les cheveux. Quoi qu’il arrive. »

Draco se décolla légèrement et plongea ses yeux dans ceux de Harry.

« Ils ont trouvé étrange que je perde moins la mémoire. Ils pensent que c’est lié à toi.

- Tu en penses quoi ?

- C’est possible…

- Comment ça ?

- Je ne sais pas… C’est juste une sensation mais… C’est comme si mon amour me tenait ancré à toi. »

Harry le fixa, dubitatif. Cette hypothèse lui avait traversé l’esprit mais il ne trouvait pas d’explication rationnelle au phénomène. Il effleura la peau nacrée de Draco du bout des doigts, essayant de cacher son propre trouble pour ne pas plus perturber son amant.

« Draco, lui dit-il tendrement. Je ne sais pas si c’est possible. Moi aussi j’aimerais comprendre pourquoi tu as ces problèmes de mémoire.» Il sourit d’un sourire doux teinté de tristesse. «Je ne peux pas m’empêcher d’espérer te garder toujours avec moi. »

Le regard bleu se brouilla et une larme claire comme le cristal partit se perdre sur la joue pâle de Draco avant de mourir à la commissure de ses lèvres.

« Je voudrais pouvoir me rappeler, murmura-t-il tristement. Je ne veux pas t’oublier. Pas encore une fois… »

Le cœur de Harry vola en éclats. Cette supplique sonnait à ses oreilles comme la plus belle des déclarations d’amour. Il enlaça Draco et le maintint serré contre lui, le berçant et le réchauffant de tout son possible.

Ce jour-là, Harry se jura de tout faire pour rester avec Draco. Et ce, même s’il devait enfreindre la loi et jeter sa vie aux orties. De toute façon, se dit Harry réchauffé à la seule pensée de pouvoir prouver son amour au Mangemort qu’il tenait dans ses bras, Draco est la plus belle chose qui me soit arrivée. La seule qui mérite qu’on se batte pour elle…

Il ignorait que son combat allait bientôt commencer…




(à suivre)